Myans (qui veut dire milieu), c'est le lieu de passage entre les vallées qui mènent en Italie, l'axe de Chambéry vers Lyon et la vallée du Grésivaudan vers Grenoble. C'est en cet endroit que le 24 novembre 1248, alors que des moines chassés de leur monastère s'arrêtent dans la chapelle pour prier, la montagne du Granier s'éboule, détruisant tout alentour. Toute l'Europe aura connaissance de cette catastrophe du fait de son importance. La chapelle (présente dès l'an 1000) où priaient les moines est préservée, ce qui à l'époque s'apparente à un véritable miracle. Alors, des pèlerins affluent de toute part. Un couvent est construit au XVe siècle puis c'est l'église quasiment telle qu'elle est aujourd'hui avec la crypte pour les pèlerins accueillis par des franciscains et l'église supérieure, le chœur des moines. Les pèlerins viennent prier la Vierge Marie qui a pu écarter les blocs de pierre dévalant les pentes du Granier. Elle a écarté le mal qui détruit tout. Le mal n'a pas le dernier mot !
Marie n'est pas apparue, contrairement à d'autres lieux de dévotion mariale. Elle n'a pas dit un seul mot. Or Marie est présente. De son clocher où la statue de la Vierge dorée brille au soleil, Marie se voit de loin. Elle semble bénir la vallée. En entrant dans l'église, une phrase du Christ, écrite en lettres dorées, nous confie à Marie : "...et Jésus dit : Voilà ta mère " (Jean 19, 27). Marie, notre mère, accueille chacun d'entre nous comme son enfant. Au plafond, sur la voûte, une fresque la représente avec les bras grands ouverts en signe d'affection et de tendresse. Et enfin, nous sommes attirés dans le chœur, où Marie trône, en habit de lumière, avec son enfant Jésus. Elle nous attend... et nous écoute. Comme au moment de la naissance et de l'enfance de Jésus, où "Marie gardait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur" (Luc 2, 19.51), Marie est présente, elle garde tous les évènements et les paroles dans son cœur maternel et aimant. A Myans, Marie écoute et console tous ceux qui passent, qui s'arrêtent un instant, qui déposent une prière ou allument une bougie. Elle connaît bien les souffrances humaines, pour les avoir traversées, elle peut intercéder pour nous auprès de son fils qu'elle tient dans ses bras.
A Myans, même si Marie ne parle pas, son silence nous accompagne dans la paix pour que, comme elle, nous puissions faire confiance et nous abandonner à l'action du Seigneur. Car c'est dans le silence que nous pouvons trouver Dieu dans le "murmure d'une brise légère" (1 Rois, 19,12). Une équipe d'accueil et d'écoute est présente plusieurs fois par semaine au Sanctuaire. Elle reçoit les témoignages de personnes qui expriment combien elles ressentent un apaisement dans l'église, combien elles retrouvent une paix intérieure. Ainsi ressourcés, nous pouvons accueillir l'une de ses rares paroles de l'évangile, lors des noces de Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jn 2, 5).
Marie-Jo Verlucco
