Spiritualité de Carême

Même si la notion de spiritualité est bien connue, il est peu fréquent que nous puissions rencontrer des personnes qui, visiblement, la représentent. Nous savons qu’il y a la spiritualité ignacienne, thérésienne, carmélitaine, et beaucoup d’autres. Dans l’une c’est la simplicité et la joie qui prévaut sur les autres éléments, dans une autre une solide formation théologique ou bien la pratique d’un certain type de prière, etc. Avoir une vie spirituelle signifie vivre la foi, la relation avec Dieu, selon le modèle d’un saint ou bien d’un mouvement. 

La dévotion n’est pas une spiritualité. On prie très souvent saint Antoine de Padoue ou sainte Rita de Cassia, ou bien sainte Agathe, sainte Agnès, etc. Mais dans le même temps, on est loin d’accepter leur modèle de vie comme le nôtre. On prie pour obtenir, par leur intercession, une grâce, mais hélas, très rarement la dévotion se transforme en accueil de leur spiritualité et en désir de suivre les chemins de nos saints patrons et protecteurs.
Mais il y la spiritualité universelle qui concerne chaque chrétien dans chaque coin du monde. Elle est construite par l’enseignement et les pratiques indispensables pour se considérer comme un chrétien. Le Carême participe à la construction de cette spiritualité, qui doit marquer la vie de tous et de chacun. Mais on ne parle pas des mortifications que nous avons éliminées facilement de notre conscience. Elles sont seulement des moyens pour vivre le vrai sens du Carême, c’est-à-dire la conversion, le retour à Dieu, le rejet du péché, le mûrissement de la foi.
Le temps de 40 jours est né dans l’expérience de l’Église comme le temps de la dernière étape de préparation au baptême. À travers de nombreuses célébrations, le candidat mûrissait pour pouvoir, la nuit de son baptême, rejeter le péché, ce qui conduit au mal et à Satan. Mais cela demande du travail pour se connaître soi-même, avec ses limites et ses faiblesses. Les mortifications nous montrent combien nous aimons le confort, combien il est facile de trahir l’amitié par amour de l’argent, et qu’à cause de la peur nous pouvons abandonner les plus fermes convictions. C’est un travail pour les courageux.
Rejeter le mal n’est pas tout. La profession de foi est l’étape suivante. Il ne s’agit pas d’une récitation des formules catéchétiques « je crois … », mais du témoignage de vie. Tu crois en Dieu ? Cela veut dire tu sais aimer Dieu plus que tes parents ? Cela veut dire que tu préfères mourir que de commettre un péché ? Cela veut dire que tu acceptes plutôt de perdre tous tes biens que de renoncer à la foi en Christ ? La foi est un engagement sérieux, il faut le prendre au sérieux. Dieu nous aime, mais voulons-nous suivre cet amour ?
Cette année, pendant les 3e, 4e et 5e dimanches de Carême, nous écouterons les évangiles qui, depuis l’antiquité chrétienne, accompagnaient les catéchumènes dans la préparation au baptême. Les textes de la Samaritaine, de l’aveugle-né et de la résurrection de Lazare constituent les grands axes de la foi : le Christ est l’eau vive, qui abreuve chaque soif humaine ; le Christ est la lumière, qui ouvre nos yeux à la vérité ; le Christ est la vie, qui nous retire des tombeaux du péché et de la mort causés par notre égoïsme.
Vivre le Carême est une réelle aventure spirituelle. Vivre le Carême, c’est sortir du virtuel qui est devenu omniprésent dans notre société. Vivre le Carême, c’est également abandonner les illusions, que le monde enfonce dans nos âmes. Vivre le Carême, c’est redécouvrir l’amour de Dieu comme l’unique fondation de la vie.
Le temps de Carême va bientôt commencer. Comme chaque année, nous sommes invités à prendre trois moyens pour notre conversion. Mais ne cherchons pas à faire des sacrifices « pour le Seigneur ». Le Carême, avec le jeûne, la prière et l’aumône, est une chance pour nous. Nous pouvons redécouvrir le sens de notre initiation chrétienne. 
Le Carême, qui a son origine dans la dernière étape de préparation au baptême, nous aide à vivre notre identité chrétienne. C’est le temps de désert où, par le jeûne, nous allons nous rappeler que « ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Par la prière, nous apprendrons à accepter ce que nous sommes, sans reprocher à Dieu l’histoire de notre vie, les faiblesses de notre nature et nos échecs personnels, en se rappelant : « tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu ». Par l’aumône, nous rejetterons les idolâtries de ce monde, surtout cette conviction que le bonheur et la sécurité viennent du pouvoir et de l’argent. Dieu est l’Unique et « c'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras. »
Père Matthias