L'annonce faite à Marie

Parmi les quatre rédacteurs des Évangiles, Marc fait une seule mention de Marie. Jean en parle deux fois, au commencement et à la fin du ministère de Jésus. Matthieu et Luc écrivent des récits d'enfance, où la maternité joue son rôle. Mais dans l’Évangile de Matthieu, Marie, silencieuse, soumise, s'efface derrière Joseph, maître de l'action après Dieu. Luc est donc seul à déployer un grand récit : sur deux chapitres, entre l'annonce de l'ange et l'émancipation religieuse de son fils, Marie tient sa place légitime. Limitée cependant puisque, après l'épisode du Temple, ses manifestations se font rares. C'est en somme assez peu.
Pour compenser l'apparente sobriété des évangiles, des traditions ont bourgeonné autour de la Vierge. C'est comme si la foi avait appelé à son secours son humble petite sœur, la piété. Celle-ci a inspiré des récits hagio­graphiques, relatant la vie de la Vierge — certains sont très anciens —, des légendes dorées, puis des apparitions, fort nombreuses en ces deux derniers siècles.

Est-ce à dire que les textes canoniques ne suffisent pas ? Ils sont brefs, soit, mais la foi doit en observer l'éton­nante propriété : le message se livre en très peu de mots. Il n'a que faire d'anecdotes, de fioritures, d'explications. Je vois de la ressemblance entre la lettre de l’Évangile et le pain de l'Eucharistie : une parcelle contient le corps tout entier. Il faut donc aborder la lecture avec la confiance qui donnait à la Cananéenne la certitude qu'une miette la rassasierait (Mt 15,21-28). L'infini est dans l'infime. Le sens se libère pour celui qui le cherche, et il est inépuisable.  France Quéré

P.S. Pour mieux comprendre l’allusion à la Cananéenne  : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » À l’argument de Jésus, qui la considérait comme une étrangère : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. Père Mario